Depuis déjà cinq ans, la directive européenne ErP pousse les industries du génie climatique à faire monter en performances leurs gammes d’appareils et à faire sortir du marché les pompes, les chaudières ou encore les éclairages les plus gourmands en énergie.

Ce travail touche à sa fin avec un prochain palier en 2018, qui rehausse encore les exigences.

Mais l’arrivée d’une nouvelle approche, française celle-là, pourrait remettre l’ouvrage sur le métier. Le label énergie-carbone E+ C-, qui prépare le terrain de la réglementation qui succédera à la RT 2012, engage en effet une démarche très innovante, qui va bouleverser les habitudes.

Le label E+C-, une démarche volontaire

Pour l’heure, E+ C- n’est qu’une démarche volontaire, comme l’avait été le label BBC (Bâtiment Basse Consommation) dès 2009. L’idée, c’est d’offrir aux acteurs qui souhaitent franchir une étape supplémentaire un instrument reconnu par la filière et par les consommateurs. Les constructeurs et promoteurs qui le veulent ont donc la possibilité de faire labelliser leurs constructions auprès d’un organisme certificateur.

Deux axes principaux, plusieurs niveaux

Comme son nom l’indique, le label E+ C- comporte deux piliers, avec à chaque fois différents niveaux.

Confiance sur l’énergie

Sur la partie énergétique, il n’y a pas de rupture. Sur les quatre niveaux, les deux premiers correspondent à une RT 2012 légèrement améliorée, mais finalement accessible sans trop de difficultés aux acteurs maîtrisant les techniques constructives modernes.

Les niveaux 3 et 4 sont plus ambitieux, avec pour le quatrième un niveau Bepos (bâtiment à énergie positive), c’est-à-dire un bâtiment à la fois très économe, et dont les consommations résiduelles sont compensées par le recours aux énergies renouvelables. La construction produit alors plus d’énergie qu’elle n’en consomme.

Doutes sur le carbone

En matière de carbone, en revanche, la rupture est radicale, comparable sans doute à l’introduction de la notion d’étanchéité à l’air, avec contrôle a posteriori sur chantier, qu’avait introduite la RT 2012.

Il s’agit, pour une durée conventionnelle de 50 ans, de mesurer la production de CO2 engendrée par une construction. Entrent en ligne de compte le bilan des matériaux utilisés et la consommation énergétique du bâtiment tout au long de sa durée de vie.

A première vue, l’enjeu concerne surtout les matériaux et l’enveloppe. En effet, le carbone généré par la fabrication d’un équipement technique est très peu significatif par rapport à la quantité de matériaux nécessaires à la construction de l’enveloppe.

La question essentielle est donc de savoir si les modes constructifs actuels passent les différents niveaux carbone du label, qui en compte deux.

Les techniques de construction actuelles en question

Pour le niveau le plus élevé, aucun doute : il faudra de l’innovation et des modes alternatifs, car il est très difficilement atteignable dans l’état actuel des techniques (en tout cas à un coût acceptable par le consommateur).

La question se pose surtout pour le premier niveau. La filière matériaux était au départ confiante, mais les premières études semblent plus contrastées. Il n’est pas certain que la maison-type RT 2012, en brique ou en béton avec une bonne isolation, franchisse si aisément le niveau carbone 1.

Que se passera-t-il s’il s’avérait nécessaire de faire évoluer les modes constructifs ? Les fabricants pourront toujours innover pour réduire l’empreinte carbone de leurs matériaux. Beaucoup l’ont déjà fait, et des progrès seront assurément réalisés dans les prochaines années.

Les équipements techniques pour compenser les performances des matériaux

Mais il pourrait être tentant, pour certains bureaux d’études, de chercher à compenser une faiblesse d’un matériau par ailleurs intéressant parce que peu coûteux par une surperformance des équipements techniques, soit que ces derniers consomment très peu d’énergie, soit qu’ils soient alimentés par des énergies renouvelables et que donc leur bilan carbone s’avère nul à l’exploitation.

Les appareils les plus performants et les plus innovants bénéficieraient d’un réel atout. La baisse des coûts engagée dans la filière photovoltaïque pourrait par exemple inciter de plus en plus d’acteurs à privilégier ce mode d’alimentation électrique plutôt que les électrons du réseau, plus carbonés.

De même, les chaudières à micro-cogénération ou les piles à combustible, qui produisent de la chaleur, pourraient s’avérer très intéressantes dans cette perspective.

On le voit, chaque évolution réglementaire nécessite de la part des acteurs de la filière le recours à de nombreux arbitrages et les poussent vers une recherche d’innovations.

L’avenir proche nous dira sur quels équilibres le label E+C- débouchera finalement.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.salmson.fr

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