Facturation électronique : le BTP est le vrai test de vérité de la réforme

Par Maxime Digue, cofondateur et directeur général de Tiime
On parle de la facturation électronique comme d’une réforme universelle, qui s’appliquerait de la même façon à toutes les entreprises. C’est faux, et le bâtiment en est la preuve la plus flagrante. Aucun autre secteur ne cumule autant de complexité : il compose avec trois typologies de clients aux régimes différents, avec des fournisseurs dont la maturité numérique varie du tout au tout, avec un métier qui s’exerce sur la route plutôt qu’au bureau, et avec une obligation légale qui pèse aussi lourd sur un micro-entrepreneur solo que sur une société de vingt salariés. Si la réforme fonctionne dans le bâtiment, elle fonctionnera partout.
Un secteur qui cumule les difficultés
Le bâtiment n’est pas en retard sur le numérique par choix. La réforme a d’abord été pensée pour une entreprise avec un client unique, un fournisseur unique, un salarié derrière un ordinateur, une réalité qui n’a rien à voir avec celle d’un plombier ou d’un couvreur. La FFB recense 440 000 entreprises du bâtiment, dont 94 % de taille artisanale : un tissu de très petites structures qui devra absorber une réforme pensée pour un contexte plus homogène.
Trois régimes, et l’obligation de recevoir dès 2026
Un artisan facture rarement un seul type de client : particulier, promoteur ou collectivité, parfois dans la même semaine. Face aux professionnels assujettis à la TVA, la facture transitera par une plateforme agréée, au format structuré. Face aux collectivités, Chorus Pro est obligatoire depuis 2020. Face aux particuliers, seule une transmission de données (e-reporting) sera requise. Si l’obligation d’émettre ne s’applique aux artisans qu’à partir de septembre 2027, celle de recevoir tombe dès le 1er septembre 2026, une échéance sous-évaluée.
Le statut juridique aussi crée une inégalité : un micro-entrepreneur solo a les mêmes obligations qu’une société de plusieurs salariés, sans disposer des mêmes moyens pour s’y préparer. Nos données le confirment : la plateforme agréée équipe déjà 36 % des micro-entrepreneurs du BTP, contre 42 % des sociétés. Un paramètre trop souvent oublié, qui nous conduit à concentrer nos efforts d’information sur les micro-entrepreneurs avant l’échéance du 1er septembre 2026.
Un secteur nomade, pas un secteur qui traîne
Les artisans ne sont pas hostiles au numérique : ils restent loin des outils pensés pour un bureau. Le Baromètre France Num 2025 le confirme : 76 % des entreprises du BTP disposent d’un logiciel de facturation, mais seules 20 % émettent leurs factures dans un format structuré exploitable automatiquement. Le baromètre ARTIsanté 2025 de la CAPEB le confirme aussi : 54 % des chefs d’entreprise artisanale se disent fatigués, 77 % estiment que leur vie professionnelle empiète sur leur vie privée.
Ce que le BTP a le pouvoir de démontrer
Les retards de paiement y pèsent lourd : la Banque de France évalue à 15 milliards d’euros la trésorerie annuelle soustraite aux PME françaises, et la CAPEB relevait fin 2024 que 27 % des entreprises artisanales du bâtiment déclaraient une trésorerie dégradée. En fluidifiant le cycle facture-paiement, la réforme s’attaque à ce problème, à condition que les outils soient pensés pour ce terrain précis.
Si la facturation électronique fonctionne pour un plombier seul, entre deux chantiers, elle prouvera qu’elle s’adapte à la complexité du terrain. Le bâtiment n’a pas à s’excuser d’être en retard : c’est lui qui doit servir de référence.