Passoires thermiques : les leçons à en tirer de l’Estonie

TRIBUNE – Face au défi des passoires thermiques, l’Estonie prouve que le bois préfabriqué permet des rénovations plus rapides et moins coûteuses. Steve Cesse, Conseiller Export, décrypte pourquoi le bois est une solution à portée de main pour la France.
2025 promettait d’être un tournant décisif contre les passoires thermiques. Pourtant, selon les derniers chiffres publiées par l’Observatoire de la Rénovation Énergétique (ONRE), les résultats sont peu encourageants. Cette année, sur les 400 000 logements sortis du classement F ou G, environ 160 000 ont amélioré leur performance uniquement en raison d’un changement de méthode de calcul, sans aucun travaux. Une situation paradoxale : alors que les chiffres s’améliorent sur le papier, la performance réelle du parc locatif ne progresse pas. Pourtant, si nous regardons nos voisins européens, des solutions pour répondre au défi de la rénovation existent. L’Estonie, en particulier, a remporté sa bataille contre les passoires thermiques en misant sur un atout historique : le bois.
Le bois, réponse à un défi commun
Les parcs locatifs estonien et français partagent en effet de nombreuses problématiques, notamment liées à leur vétusté et à un manque d’entretien adapté. Si l’on ajoute à cela le cadre réglementaire européen de plus en plus exigeant en matière de durabilité, le défi pour les constructeurs est de taille : ils doivent assurer un travail de qualité et respecter des délais très serrés, tout en limitant la gêne pour les occupants. La clé du succès de l’Estonie réside dans un choix clair : des rénovations en série, notamment pour les logements collectifs, appuyées sur des éléments en bois préfabriqués.
Délais de chantier réduits de 50%
Quand il s’agit de rénover, ce qui fait la différence sont aussi les coûts. Avec la hausse des prix des matériaux, surtout des isolants et du béton, les constructeurs estoniens ont choisi le bois préfabriqué pour réduire les coûts de chantier. Dans le pays baltique, les résultats sont déjà évidents. D’une part, les coûts de location de grues pour l’installation d’éléments en bois se réduisent jusqu’à 10 fois; d’autre part, il est possible de transporter 4 fois plus d’éléments préfabriqués en bois que d’éléments en béton.
De plus, grâce au bois, l’Estonie a réussi dans un modèle de chantier rapide et efficace : dans les 21 projets pilotes, les travaux de rénovation avec des éléments en bois ont été deux fois plus rapides par rapport à des chantiers traditionnels. Cette méthode est déjà devenue un modèle exporté dans d’autres chantiers européens, comme en Allemagne, où les délais ont diminué de 50%
Des bâtiments moins énergivores
Les projets estoniens le démontrent : le bois préfabriqué peut transformer en peu de temps un passoir thermique en un logement ultra performant. Grâce au bois, ils ont aussi réduit leur consommation d’énergie de chauffage jusqu’à 60%. Un cas emblématique est la rénovation de la résidence étudiante de l’Université TalTech à Tallinn. Grâce à une nouvelle façade en éléments préfabriqués en bois, une résidence énergivore est devenue un bâtiment à énergie zéro en quelques mois.
Les difficultés de la rénovation énergétique française, donc, ne sont pas insurmontables. Le cas estonien nous montre clairement que les solutions existent et que le bois, en particulier, est un allié fondamental. En regardant vers l’Estonie, la France peut elle aussi faire de la lutte aux passoires thermiques une opportunité de relance.