Les professionnels de la filière bois* tirent le signal d’alarme : alors que la demande en bois est appelée à croître fortement, la manière dont est gérée actuellement la forêt française ne permettra pas de faire face aux enjeux économiques et écologiques à venir.

Une gestion de la forêt française en contradiction avec le Grenelle de l’Environnement

Pourtant, les directives issues notamment du Grenelle de l’Environnement sont claires : la France, qui dispose de l’une des plus importantes surfaces forestières d’Europe (15,5 millions d’ha) doit produire plus de bois et mieux en valoriser les usages. Ainsi, les Pouvoirs publics prévoient une augmentation de la récolte en bois de 12 millions de m3 en 2012, soit une hausse de 30 % par rapport au niveau actuel, et de 20 millions de m3 en 2020. Cette évolution doit profiter notamment au bois énergie et au bois construction, les qualités écologiques et techniques de ce matériau étant aujourd’hui reconnues. Au cours des prochaines années, l’utilisation du bois dans la construction doit être multipliée par dix.

Néanmoins, la filière bois s’interroge : comment pourra-t-elle répondre à une demande en bois croissante alors que, déjà, les ressources forestières de la France sont inadaptées aux besoins actuels du marché ?

Des surfaces forestières non renouvelées

Aujourd’hui, la filière bois puise dans les ressources importantes plantées, pendant un demi-siècle, à l’époque du Fonds Forestier National (FFN). Mais depuis la suppression de cette structure en 1997, le renouvellement des forêts s’effectue essentiellement par régénération naturelle. En effet, une forêt se recompose soit par régénération naturelle (à partir des graines d’arbres situés à proximité), soit par plantation (à partir de variétés sélectionnées produites en vergers à graines).

Or, en 15 ans, la quantité de plants forestiers vendus est passée de 110 millions à 28 millions (hors pin maritime), ce qui ne permet ni de renouveler les surfaces exploitées annuellement en coupe rase, ni de faire face aux enjeux de l’industrie à l’horizon 2030.Le niveau actuel du reboisement est d’autant plus insuffisant que, sur les 525 000 ha ravagés par la tempête de 1999, seuls 150 000 ha ont été reconstitués. Autrement dit, 30 % seulement ont été remis en production !

Le recours à la seule régénération naturelle, méthode complexe, onéreuse et incertaine, exigeant du temps pour obtenir une production qualitative, est incompatible avec les enjeux actuels. Pour beaucoup de propriétaires forestiers, cette technique se résume à un « laisser faire ». Ainsi, les 40 000 à 80 000 ha de surface forestière supplémentaire par an (selon les différents chiffres donnés sur le site du ministère de l’Agriculture), n’ont souvent rien à voir avec une forêt digne de ce nom. Il s’agit bien souvent de friches, d’accrus naturels, voire d’espaces broussailleux, qui ne seront jamais en mesure de fournir du bois de qualité à l’industrie dans les prochaines années.

La forêt française, une exception en Europe ?

Le désengagement de la France vis-à-vis de son patrimoine forestier est lourd de conséquences pour le dynamisme de la filière bois et la pérennité de la forêt. Les investissements qui sont consacrés à la forêt française sont parmi les plus faibles d’Europe.

La France est notamment le pays qui plante le moins en Europe, hors zone méditerranéenne. En revanche, l’Allemagne (11,1 millions d’ha de surface forestière), deuxième exportateur de bois de l’Union européenne, dispose de nombreuses forêts issues de plantations (300 millions de plants par an).

De son côté, la Pologne (9,2 millions d’ha de forêts), plante annuellement plus d’un milliard de plants ! Quant à la Turquie, elle a mis en place un vaste plan national sur trois ans, prévoyant un milliard de plants par an.

Une forêt inadaptée aux enjeux d’aujourd’hui et de demain

Dans ce contexte, faut-il s’étonner du faible taux de productivité de la forêt française ? Le secteur bois et dérivés figure à la seconde place, derrière l’énergie, au palmarès du déficit commercial de l’Hexagone (un solde négatif de 5,7 milliards d’euros). Alors que la forêt française est l’une des plus vastes d’Europe, le poids des importations domine cette activité !

En France, les industriels du bois n’exploitent que 60 % de la récolte potentielle forestière annuelle. Le morcellement de la forêt française explique en partie cette difficulté à mobiliser la ressource disponible (74 % de la surface forestière dépend de propriétaires privés) de même que la présence de nombreux massifs forestiers dans des zones méditerranéennes et montagneuses, parfois difficilement accessibles.

Surtout, les essences de la forêt française (78 % de peuplements feuillus ou mixtes) n’ont pas toujours le rapport qualité-prixdemandé par le marché. En plein essor, le bois de construction s’appuie à 60 % sur des résineux. Confrontés à la faiblesse de la production de résineux en France, les industriels se tournent donc vers les bois d’Europe du Nord.

Évoluer vers une stratégie de gestion forestière responsable

Alors que la demande en bois est croissante, la mise en place d’une véritable stratégie forestière, intégrant la plantation, permettra de renforcer le dynamisme de la filière bois, qui emploie plus de 300 000 personnes, sans mettre en péril la forêt française. L’hexagone renouera ainsi avec sa longue tradition forestière, basée à la fois sur une forêt d’agrément et sur une forêt de production.

Sur le plan économique, l’objectif est de mieux ajuster l’offre à la demande et de résorber ainsi la pénurie en résineux. Ne serait-ce qu’en reboisant les forêts de résineux actuellement exploitées.

Sur le plan écologique, l’enjeu est de recomposer la forêt française et d’assurer sa pérennité, en respectant la biodiversité (les plants sont produits en assurant une diversité génétique forte, équivalente ou supérieure à celle trouvée dans les régénérations naturelles) et en lui permettant de s’adapter plus rapidement aux évolutions climatiques (tempêtes et épisodes caniculaires de plus en plus fréquents).

Seule la mise en place d’une gestion forestière responsable donnera à la filière bois les moyens de disposer, en France, de bois de qualité (particulièrement des résineux) qui puissent être exploités et transformés industriellement pour répondre aux besoins du secteur de la construction bois. Sinon, le déficit commercial de la filière risque encore de s’accroître, bien qu’elle se situe sur des marchés porteurs !

Cette stratégie est également indispensable pour que les générations futures puissent à leur tour profiter de la forêt française, dont la répartition équilibrée des fonctions production, agrément et protection, sera le garant de sa pérennité.

* GIE Semences Forestières Améliorées (GIE SFA), Pépiniéristes forestiers de France (SNPF), Union Nationale des Entrepreneurs du Paysage (UNEP), Fédération Nationale Entrepreneurs Des Territoires (EDT), Fédération Nationale du Bois (FNB).

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